La fabrique Wetter, vue extérieure

Gabriel Maria Rossetti

1764, huile sur toile
Localisation : Salle des Wetter

 

Cette toile fait partie avec les autres toiles présentées dans la salle Wetter, du décor du salon d'une maison située rue de la Fabrique à Orange. Le propriétaire de cette maison, Mr Pinet, avait tenu à montrer l'importance de cette fabrique d'indiennes dont les frères Wetter lui avaient confié la direction.

La ville d'Orange et le Mont Ventoux servent de toile de fond à l'évocation des abords de cette fabrique où règne une intense activité sous l'autorité de son propriétaire, accompagné du directeur. Sûr de son autorité, Monsieur Wetter est plus attentif au peintre qu'à l'enfant dépenaillé qui mendie. À droite, un homme tire une brouette vide tandis qu'au second plan d'autres portent un brancard. Au fond, à droite, le foulon à deux battoirs, mû par la force hydraulique, permettait de battre un grand nombre de pièces de tissus, Cette machine est bien le témoin de la volonté et de l'audace de ces entrepreneurs à la recherche du rendement en pleine époque de révolution industrielle. Un couple vient peut être admirer cette machine inventive ou choisir des étoffes.

Au premier plan, au centre de la scène, trois hommes ont délaissé leurs outils de tailleurs de pierre et trinquent. Derrière eux, un hangar abrite les chaudières pour débouillir les toiles vierges avant qu'elles ne soient foulées. A l'arrière plan, des ouvriers rincent des toiles dans un bras de la rivière Meyne et les étalent ensuite sur des fils ou sur un pré, où elles sont régulièrement arrosées.

À gauche, un ouvrier barbu confectionne des baquets pour les imprimeurs tandis qu'un gamin reçoit une correction. Plus loin, des ouvriers réceptionnent des tonneaux d'alun ou de garance et des caisses de toiles. Au troisième plan, un hangar abrite la teinturerie. Des hommes s'y affairent autour de cuves chauffées par un feu rougeoyant tandis qu'à l'extérieur, un teinturier garance probablement des toiles dans une cuve surmontée d'un moulinet que tournent deux autres employés. Sur le bord gauche de la peinture, se dresse un bâtiment de deux étages qui abrite les salles d'impression et de pinceautage des tissus. Il s'y déroule un événement étonnant qui semble inspiré de la chanson de la Mère Michel.

Cette toile fait partie d'une série qui évoque avec saveur et précision la vie de la fabrique Wetter à Orange, ouverte dés 1757. Les Wetter, courtiers en toilerie, d'origine suisse avaient déjà tentés une première aventure industrielle à Marseille, port franc par lequel transitaient, en pleine prohibition, les toiles de coton imprimées aux Indes. Après leur faillite marseillaise, ils créent, à Orange, par le biais d'une société anonyme, une fabrique qui devient rapidement une grande entreprise moderne et prospère, dont les indiennes sont synonymes de qualité dans toute l'Europe. La fabrique emploie plus de 500 ouvriers. Elle est malheureusement victime d'une concurrence acharnée et d'une crise de surproduction. Elle ferme ses portes en 1802.